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La décision du Conseil d’Etat sur les masters : simple rustine ?

Ce mercredi, le Conseil d’Etat a rendu un avis sur la sélection en Master. ​Celui-ci « rappelle qu’une sélection ne peut être mise en place pour l’accès aux formations de première ou deuxième année de master à l’université que si ces formations figurent sur une liste établie par décret. »

A picture shows the "Conseil d'Etat" on the Place du Palais Royal by night on February 6, 2014 in Paris. AFP PHOTO / LUDOVIC MARIN

Le ministère de l’enseignement supérieur, en la personne de Thierry Mandon  se réjouit de cette prise de position de la Haute Juridiction. Par un communiqué paru dans l’après-midi, le secrétaire d’Etat assure que cet avis sécurise les parcours de réussite du Master. Ce communiqué se concentre exclusivement sur les problématiques à l’intérieur du cycle.

Le système actuel est déséquilibré. Nombreux sont les acteurs de l’enseignement supérieur qui critiquent  cette incohérence pédagogique qui émane de la sélection entre les deux années de Master. Ce décret ne saurait être qu’une béquille, et c’est bien d’une remise sur pied dont nous avons besoin. En vue de 2018 et de la conférence interministérielle du processus de Bologne et pour en finir avec ce vieux squelette démembré que représente la maitrise, le ministère doit prendre ses responsabilités. Au-delà du courage qui semble manquer à nos responsables politiques, c’est une nécessité qui est ici mis en exergue. La nécessité de la cohérence pédagogique. La nécessité de cadrer nos formations dans un cycle européen commun permettant l’échange et l’internationalisation des étudiants.

L’ARES ne peut que s’opposer à un décret qui ne fera que justifier une sélection anti-pédagogique et une peur alimentée par des désirs électoralistes. L’ARES rappelle ici son opposition à la sélection entre le Master 1 et le Master 2. Il convient, pour nos filières de sciences sociales, de gérer les flux d’étudiants à la fin du cycle licence pour éviter les surcharges d’effectifs au sein des différents masters. Ceci doit cependant être réalisé sous le spectre de l’orientation active qui permettra à l’étudiant d’être au centre de son parcours et acteur de ses décisions.

Cette position qui fait aujourd’hui face à une volonté politique doit être intégrée dans un processus réflexif plus élargi. La question du Master soulève des questions connexes qui méritent d’émerger. En effet, le second cycle ne doit pas être une condition sine qua non pour obtenir un emploi. Nous sacralisons aujourd’hui le grade de master qui bien souvent est incompatible avec un grand nombre d’activités professionnelles. Le titre de licence est de facto dévalorisé alors que ce deuxième diplôme du supérieur (premier après le baccalauréat) n’attend qu’à former des jeunes, à les professionnaliser, à mettre en valeur des compétences acquises et compatibles avec les attentes du monde du travail.

Des travaux dans ce sens sont pourtant en cours, notamment au niveau du Conseil National Education Economie. L’approche par compétences doit permettre l’orientation active des jeunes en formation et faire prendre conscience que la Licence est bien plus qu’une unique rampe de lancement pour accéder à un Master. L’ARES en profite pour rappeler son attachement à la dynamique des stages, véritable outil de professionnalisation des parcours de Licence en sciences sociales.

En somme, se focaliser sur le Master n’est pas une solution. Un changement de paradigme semble nécessaire. La réflexion sur le continuum -3/+3 est au cœur du débat. En effet, une meilleure collaboration entre le lycée et le premier cycle de l’université, une approche pluridisciplinaire et une spécialisation progressive intégrant les fondamentaux favoriseraient les possibilités d’insertion professionnelle à la sortie de la Licence.

Tant de chantiers sommeillent par manque de volonté politique, tant de pistes ne demandent qu’à être exploitées. L’enseignement supérieur public préfère aujourd’hui maquiller ses démons plutôt que d’y faire face. Les solutions existent, l’ARES se fera éclaireur du changement et de la construction des formations en sciences sociales de demain !

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Tristan Brehier

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