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Revendication et vigilance, maîtres mots des prochaines échéances pour nos formations d’enseignement supérieur

Dans un contexte social où le dialogue de confiance entre la communauté universitaire et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) est rompu, L’ARES – la fédération nationale des Associations représentatives des Etudiants en Sciences Sociales – s’interroge sur les dangers qui guettent l’accessibilité à l’enseignement supérieur français.

C’était donc en ce jour de 30 juin dernier que Madame la Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, a décidé de donner « un coup de couteau » dans le dos de la communauté universitaire. Cette communauté qui avait pourtant tant œuvré pour rendre possible dans les universités volontaires, l’expérimentation du Contrôle Continu Intégral (CCI) – Universités de Lyon, Bordeaux, Brest, Strasbourg et Avignon.

C’est donc sans explication, que le point sur la modification de l’arrêté licence permettant la mise en place du CCI  a été retiré de l’ordre du jour du CNESER[1] du 11 juillet 2016. Plus qu’un rétropédalage du gouvernement sur les innovations pédagogiques permettant une meilleure réussite des étudiants, ce « tour de passe passe » politique est une insulte à l’ensemble de la communauté universitaire. Une insulte, premièrement, aux membres du personnel des universités volontaires à l’expérimentation qui ont travaillé sans relâche pour prodiguer un cadre viable au contrôle continu intégral. Une insulte aux étudiants eux même  qui ont plébiscité la mise en place de ce système en soutenant massivement les listes ARES et FAGE dans les universités concernées (77% des voix à Strasbourg et Lyon 1, 75% à Avignon, et jusqu’à près de 90% des voix à Brest). Et enfin c’est une insulte au débat constructif, à l’émancipation des universités, et à l’instance démocratique qu’est le CNESER. L’ARES souhaite réaffirmer son engagement dans les prises de positions et les débats qui ont lieu dans ce conseil mais assure qu’il n’en sera rien si les décisions prises démocratiquement sont balayées d’un revers de main par l’exécutif.

Par conséquent, L’ARES salue la motion – « Un manque de respect envers l’ensemble de la communauté universitaire » – portée par la FAGE devant la séance du CNESER du lundi 11 juillet. Dans cette motion adoptée à la majorité absolue, le conseil reconnait être inquiet « quant au peu de considération qu’accorde le ministère à l’expression démocratique, ici quasi unanime, des communautés universitaires ». Il affirme également que « Cette suppression, à la dernière minute, de l’ordre du jour témoigne d’un manque de respect envers l’ensemble de la communauté universitaire, de ses efforts et de son travail »

L’ARES souhaite également réaffirmer son soutien à l’expérimentation du CCI. Les formations de sciences sociales étant parmi les premières à avoir démontré une hausse plus que significative de la réussite des étudiants[2]. Contrairement aux idées reçus, il s’avère que le CCI s’adapte parfaitement aux formations juridiques, permettant ainsi une réelle progression de l’étudiant afin de le préparer de la meilleure des façons qu’il soit. Par conséquent, forte de ses 400 élus étudiants en Sciences Sociales, l’ARES entend bien défendre les innovations pédagogiques vectrices de réussite chez les étudiants.

Le succès du CCI n’était plus à prouver, pourtant le gouvernement recule de manière inopinée. Pire, il en interdit l’expérimentation  unilatéralement et rompt ainsi le dialogue avec  la communauté universitaire.

Mais quel avenir pour notre service public d’enseignement supérieur ? Quel sera le prochain coup du ministère ?

Comment fait-on lorsqu’on veut former plus de gens et qu’on engage toujours moins de moyens dans le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

Selon le rapport « France Stratégie[3] » si la France veut répondre à ces objectifs, « l’effort additionnel en faveur de l’enseignement supérieur devrait s’élever 0,58 point du PIB à l’horizon 2027, soit l’équivalent de 11,5 milliards en 2015 »

Ces objectifs sont simples et pragmatiques :

  1.  Poursuivre l’augmentation des moyens par étudiants au niveau du supérieur en ciblant la formation La France est encore trop en retard par rapport à ses concurrents européens (Norvège, Suède, Finlande, Irlande) 1,3% du PIB pour la France contre 1,9 pour la Suède et la Finlande et 2,9 pour les USA[4]
  2.  Répondre à la croissance de la démographie étudiante avec une hausse de 120 000 étudiants pour l’année 2017
  3.  Et accroître la part de diplômé d’une classe d’âge dans le supérieur, la StraNES[5] fixe d’ailleurs cet objectif à un taux de 60% de diplômés pour une génération. Objectif qui aurait pour conséquence directe une augmentation du nombre d’étudiants et, de facto, du besoin financier.     

Vous l’aurez compris, lorsqu’on parle de financement de l’enseignement supérieur – qui plus est dans un contexte de confiance tel que celui ci – la question qui fait peur et qui arrive bien trop vite sur la table est celle de l’augmentation des frais d’inscription. Toutefois,  l’ARES réaffirme sa position en faveur du gel des frais d’inscription, et ce pour plusieurs raisons :

  •  La première étant qu’une augmentation des frais d’inscription ne serait pas efficiente. Selon l’étude de l’INSEE sur « La répartition des dépenses publiques de l’enseignement supérieur et des aides associées » une augmentation des frais d’inscription, sauf à les multiplier par 20 ou 30, ne représenterait qu’un apport négligeable dans le système de financement de l’enseignement supérieur.
  • La seconde, et principale pour l’ARES, réside en la résolution du problème budgétaire par d’autres solutions ;  Premièrement  un réengagement de l’État est nécessaire.  Nécessaire mais pas suffisant ! Bien qu’une augmentation du financement serait un signe fort envoyé à la communauté universitaire, il ne suffirait pas à financer les objectifs ambitieux de l’ESR – qui, rappelons le, se chiffrent à une augmentation de 50% du budget actuel de l’ESR. Mais d’autres solutions existent, des solutions moins coûteuses et plus logiques telle que l’innovation pédagogique qui peut permettre, d’une part des enseignements moins chers car évoluant avec le numérique et d’autre part une meilleure réussite des étudiants – in fine, c’est un enseignement plus rentable, puisqu’un étudiant qui réussit c’est un étudiants qui ne redouble pas et qui reste donc moins longtemps dans les strates de l’ESR – Tout le monde y gagne ! C’est un peu comme le CCI, une innovation pédagogique permettant une meilleure réussite des étudiants et par conséquent une économie sur le budget de l’ESR ! Mais bon, ne revenons pas dessus…

D’autres financements sont possibles : privés via les entreprises, le mécénat, les fondations d’université, la taxe d’apprentissage. Encore que, pour cette dernière, l’État a une fois de plus, « tué la vache à lait » si l’on peut dire. Une réforme de 2015 a réduit de 60% les ressources issues de cet impôt. A croire que ce qui est obtenu d’un coté, est perdu de l’autre.

Malgré ce climat de méfiance instauré par la décision unilatérale du ministère sur le CCI, L’ARES souhaite saluer l’annonce du gouvernement concernant la prévision d’un réengagement de 850 Millions d’euros supplémentaires.  Nous restons néanmoins  lucides et vigilants sur cette annonce et saluerons pleinement la mesure une fois que celle-ci  sera effective. L’ARES réaffirme son soutien à la FAGE dans cette bataille primordiale pour l’avenir de la communauté universitaire. Si cela arrive, ce sera la concrétisation du réengagement de l’Etat tant attendu dans le financement de l’ESR.

Un réengagement nécessaire mais pas suffisant qu’il faudra accompagner d’autres mesures prises dans le respect de la démocratie et du dialogue avec les organisations de jeunesse, Madame la Ministre.

L’ARES y veillera !

 

 

 

[1] Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

[2] Par exemple en 2012 les L1 AES d’Avignon enregistrent une hausse de 25% du taux de réussite au premier semestre

[3] Rapport «France stratégie  « 2017/2027, 12 enjeux pour les présidentielles »

[4]  Source ; note de veille n°142_juin 2009 Centre d’Analyse Stratégique

[5] Stratégie Nationale pour l’Enseignement Supérieur

À propos AlexandreA

Etudiant en Master 1 Droit et Economie à Toulouse. Élu Président au congrès de Brest en octobre 2016.

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