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Le devenir des étudiants en économie, quel bilan ?

L’insertion professionnelle à 30 mois (diplômés 2014)

Depuis la mise en place de la Loi relative aux Libertés et aux Responsabilités des Universités en 2007 l’insertion professionnelle est l’une des missions des Universités.

    Alors, quel bilan tirer 10 après de la capacité des Universités à accompagner ses étudiants en économie dans leur insertion professionnelle ? Comment l’améliorer ? Pour vous, l’ARES s’est penchée sur la question.

Un bilan global mitigé

    La première observation que l’on peut faire en examinant les données officielles1 est que globalement la situation n’est pas trop mauvaise, sans pour autant être très bonne. En effet, malgré une insertion professionnelle relativement qualitative à la sortie du Master et les résultats excellents de certaines Universités, les disparités régionales posent un problème majeur auquel il faudra trouver une solution.

Une insertion professionnelle correcte, mais sans plus…

    Avec une insertion professionnelle générale de 87% à 18 mois et 91% à 30, les diplômés de sciences économiques se situent dans la moyenne nationale (respectivement 86 et 91%). Ces résultats varient cependant grandement d’une académie à l’autre, et encore plus d’une Université à une autre.

    La moyenne nationale indique que, 30 mois après l’obtention de son diplôme, un étudiant en économie gagne en moyenne 32000€ bruts par an (toutes mentions confondues le montant moyen est de 30100, plaçant les étudiants en économie dans la fourchette haute des rémunérations post-master. Cependant, en y regardant de plus près, on réalise combien l’académie d’origine influe sur ces performances : 40066€ bruts/an en moyenne pour un diplômé de l’académie de Paris contre 24200€ bruts/an pour un diplômé de l’académie de Clermont.

    De plus, même en comparant ces résultats au niveau de vie de la région, les résultats restent inégaux : lorsque l’on compare le salaire mensuel net des diplômés au salaire mensuel net médian de leur région on se rend compte qu’au niveau national la différence est légèrement en faveur des diplômés en économie (2050€/mois contre 1870€/mois), dans l’académie de Paris aussi (2569 contre 2050). En revanche, l’académie de Clermont (encore elle) affiche un piètre niveau de performance : ses diplômés en économie ne gagnent en moyenne que 1550€ nets/mois quand le salaire mensuel médian régional est de 1830€/mois…

    Se pose la question du pourquoi ? On ne peut à ce stade qu’émettre des hypothèses : offres plus intéressantes proposées au sortir d’universités « prestigieuses » ? Services d’insertion et d’orientation professionnelle plus efficaces dans certaines universités que d’autres ? Meilleurs réseaux d’anciens élèves, qui proposent plus de postes ? Sans doute un peu de tout ça à la fois.

… Mais des emplois de plutôt bonne qualité

    Malgré tout, il semble important de relever qu’un Master en sciences économiques offre une bonne qualité d’emploi. En effet, qu’on parle du pourcentage d’emplois à temps plein (97%), du pourcentage d’emplois stables – c’est-à-dire en CDI – (76%) ou bien du pourcentage de diplômés occupant des emplois à responsabilité – cadres/professions intermédiaires – (85%) sont remarquables. En effet, lorsqu’on les compare à la moyenne nationale tous domaines confondus, on peut remarquer que les diplômés en économie font au moins aussi bien, sinon mieux, dans ces 3 domaines2 :

% emplois stables % emplois à temps plein % emplois cadres et PI
Economie 76 97 85
National (tous domaines confondus) 73 94 85

    Cependant, et malgré ces belles performances qualitatives, le constat reste le même que précédemment : la qualité de l’insertion professionnelle post-graduation reste extrêmement inégalitaire selon les régions et les bassins d’emploi. A titre d’exemple, et pour chacune des trois catégories, nous avons compilé les données pour les meilleures et les pires universités, ce qui est assez révélateur :

Emplois stables Emplois à temps plein Emplois cadres et PI
Meilleure universités Nice – Sophia-Antipolis (100%) Versailles – Saint-Quentin (100%) Paris 2 – Panthéon-Assas (95%)
Moins bonnes universités Grenoble – Alpes (63%) Grenoble – Alpes (89%) Clermont – Auvergne (65%)

    Ces inégalités régionales extrêmement marquées amènent à se poser la question du pourquoi ? On peut supposer qu’elles sont liées à plusieurs facteurs. Le premier est le bassin d’emploi régional : s’il est pauvre ou ne propose pas d’emplois suffisamment qualifiés, les diplômés seront dans l’obligation d’avoir une mobilité géographique parfois importante, ce qui peut nuire à la qualité de leur insertion professionnelle.

    Le second est la qualité des stages pouvant être proposés aux étudiants de l’Université : on imagine facilement qu’il est plus simple de trouver un stage pouvant déboucher sur une embauche à un statut de cadre dans une métropole nationale voire européenne que dans des métropoles régionales de taille plus modeste.

    La troisième serait que les enseignements dispensés ne préparent pas, ou mal, à une position de cadre mais plutôt à de la recherche : les doctorants ont beau être considérés comme des professionnels à part entière depuis la publication de la Charte du Jeune Chercheur en 2006, les Universités ont encore tendance à les considérer dans leurs enquêtes internes comme « en poursuite d’étude ». De plus, l’enseignement économique est extrêmement conceptuel et souvent détaché des réalités du terrain ou du monde de l’entreprise. Ces critiques, souvent adressées à l’Université de manière générale, sont encore plus vraies dans le cas des Sciences Economiques.

    Enfin la quatrième porte sur la qualité des réseaux d’Alumnis (les anciens élèves). Ces réseaux sont extrêmement importants dans la disponibilité des offres de stages en Master, et jouent souvent un rôle important dans l’embauche ou l’acceptation en stage de quelqu’un venant de « leur » Master ou université plutôt qu’un autre à profil similaire. Cette importance a notamment été soulignée en 2002 par David Marmaros et Bruce Sacerdote dans leur étude « Peer and social network in Job Search »3.

       La situation que nous avons exposée, bien qu’honorable, souffre encore de lacunes et notamment des inégalités régionales. Afin de pallier ces problèmes, l’ARES met à disposition ses idées et ses outils à disposition de quiconque serait prêt à les utiliser dans son université. Ainsi, pour améliorer l’insertion professionnelle des étudiants en sciences sociales, nous proposons notamment :

  • d’accroître la place dédiée aux modules d’insertion professionnelle à tous les niveaux universitaires ;
  • de renforcer le rôle des stages, notamment en permettant à tout étudiant désireux d’en effectuer un de bénéficier d’un Régime Spécial d’Etudes dédié s’il n’a pas de temps dédié audit stage dans son calendrier université ;
  • de créer des réseaux d’anciens élèves solides et efficaces ou, s’ils existent déjà, de les mettre en valeur d’avantage ;
  • notre plateforme d’insertion professionnelle, ARES-Avenir (www.ares-avenir.org);
  • notre cartographie des Masters, véritable outil d’information et d’orientation permettant de préparer son orientation professionnelle (www.carto-master.org).

L’infographie récapitulative : http://bit.ly/2Hk3HLS

Légende :

1 – NB : le manque de réponses de certaines universités font que les données fournies peuvent ne pas être exactes ; cependant l’ordre de grandeur reste le même.

2- Les données fournies et utilisées sont celles des enquêtes de la DGESIP ; les classements fournis ne sont ainsi peut-être pas fidèles à la réalité mais uniquement des données que la DGESIP a pu récolter auprès des universités.

3- Peer and Social Networks in Job Search, David Marmaros et Bruce Sacerdote, European Economic Review Volume 46, Issues 4–5, May 2002, Pages 870-879 (2002)

 

 

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Richard Lamoureux

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