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Quelles solutions pour l’insertion professionnelle des étudiants en Economie-Gestion ?

Dans son étude sur l’avenir des étudiants en Economie, l’ARES a pu se rendre compte que l’insertion professionnelle de ces derniers est globalement bonne, malgré de fortes disparités régionales et entre universités. Le constat reste positif, mais le potentiel reste important pour la filière.

Dans un monde en plein changement, pris entre de grandes réformes, un contexte mondial changeant et la naissance de la 3ème révolution industrielle, le rôle de l’économiste évolue. Nos formations actuelles sont de qualité, et les étudiants en Economie ont la chance d’étudier au plus près les évolutions actuelles et les prédictions d’évolution de nos sociétés, et notamment des marchés. L’économie et le fonctionnement des marchés sont l’une des bases de nos sociétés capitalistes occidentales ; dans ces sociétés, le rôle de l’économiste est primordial pour analyser, prédire et expliquer la manière dont l’économie peut évoluer.

De fait, les économistes développent au cours de leurs études de nombreuses compétences d’analyse et de modélisation mathématique qui leur permettent d’être très utiles en dehors de la sphère de la recherche. Or, ces compétences sont trop souvent ignorées ou mal mises en valeur à l’heure de rechercher un premier emploi.

Afin de résoudre ce problème de visibilité de leurs qualifications professionnelles, l’ARES souhaite proposer des solutions aux étudiants économistes et aux responsables de formations en Economie.

Repenser le diplôme et l’évaluation des compétences pour rapprocher les Universités de leur environnement socio-économique

Depuis 2007, l’insertion professionnelle de ses étudiants est devenue l’une des missions de l’Université. Afin de faciliter cette insertion, la question des intitulés des diplômes s’est posée aux responsables de formation. En effet, un nom de diplôme n’est souvent pas un indicateur suffisant ou pertinent pour décrire les capacités professionnelles des étudiants en étant titulaires.

Afin de rendre cet ensemble plus lisible, une réforme des intitulés de parcours a déjà eu lieu en 2014 – 2015. Elle a permis de réduire le nombre de licences générales à 45 mentions (contre 1800 noms de diplômes auparavant) et celui des Masters de 1841 à 246. Ce premier effort était nécessaire afin d’améliorer la cohérence des diplômes à l’échelle nationale, cependant cela ne va pas encore assez loin.

Le chômage des jeunes est aujourd’hui encore très élevé, bien que les gradés de Master soient moins concernés que les autres. Les employeurs réclament des années d’expérience professionnelle à des diplômés sortant tout juste de l’enseignement supérieur, ce qui ne permet pas de corriger la situation. Cette frilosité des employeurs à embaucher des jeunes tire sa source de nombreuses raisons, et notamment du manque de connaissance sur les compétences qu’offre tel diplôme ou tel autre.

Afin de corriger cette asymétrie d’informations, nous proposons de quitter notre mode traditionnel d’évaluation et de mise en valeur des compétences des étudiants, afin de passer à une approche du diplôme selon les compétences des étudiants l’ayant validé ! Grâce à ce changement de paradigme, chaque employeur aurait la possibilité d’observer directement les compétences acquises par chaque étudiant et pourrait ainsi se faire une idée précise de ce que le candidat sait ou ne sait pas faire. De plus, de tels diplômes permettraient enfin de faire valoir de manière officielle tout ce qu’un étudiant peut apprendre en dehors de son temps de formation universitaire, que ce soit à travers des activités ou des engagements extra-universitaires.

Cependant, il va sans dire qu’un tel bouleversement dans la manière d’envisager le diplôme nécessite un changement dans la manière d’évaluer les étudiants et d’attribuer ou non le diplôme. Il nous semble que la solution la plus pertinente repose dans l’évaluation continue intégrale des étudiants. En effet, ce type d’évaluation permet un contrôle des connaissances et compétences des étudiants sur l’ensemble de leurs enseignements, et pas seulement sur une partie décidée de manière arbitraire par les enseignants. L’évaluation continue permet d’expérimenter, de proposer des types d’évaluation variés : contrôle écrit, oral, mise en situation pratique… Cette diversité des évaluations permet de préparer au mieux à la vie professionnelle, en mettant les étudiants en « conditions réelles » et en les préparant à la diversité des situations auxquelles ils pourraient être confrontés plus tard. En évaluant ses apprenants régulièrement, un enseignant est plus à même de valider ou non des compétences.

Ces nouvelles méthodes pédagogiques et d’évaluation ne sauraient se satisfaire à elles-mêmes. La logique de l’Université publique, partagée et défendue par l’ARES, n’a jamais été de faire de l’adéquationnisme et de former des travailleurs « clefs en main » pour les entreprises. Cependant, elles doivent veiller à ce que leurs étudiants puissent tout de même être en capacité de trouver un emploi au sortir de leurs études. Pour renforcer cette logique, l’ARES souhaite renforcer la place des conseils de perfectionnement au sein des UFR. Les entreprises n’ont certes pas à décider du contenu des enseignements à l’Université, mais elles ont tout de même un certain nombre d’attentes, un regard et des problématiques qui permettent d’enrichir les formations et de les rapprocher du terrain. Il est de notre devoir de nous saisir de ces conseils de perfectionnement pour allier le meilleur de la sphère académique et de la sphère professionnelle, dans l’objectif de réinventer nos formations et les adapter à un monde qui change de plus en plus vite.

Dans ce cadre-là, il est crucial que les facultés d’Economie-Gestion puissent inviter un maximum de partenaires à discuter en conseil de perfectionnement, afin de faire de l’économie non plus une science abstraite et déconnectée de la réalité, mais un outil concret et applicable au plus grand service de la communauté.

Cette problématique touche plus particulièrement nos doctorants. Aujourd’hui, les jeunes chercheurs titulaires d’un doctorat parviennent moins que les étudiants grade-Master à s’insérer professionnellement, alors même que leur niveau de compétence est plus élevé. Ce constat est systémique et n’est pas circonscrit aux étudiants en Economie ; ce n’est pas pour autant que nous ne souhaitons pas y trouver des solutions. L’ambition de l’ARES est de faire valoir les doctorants pour ce qu’ils sont sur le marché de l’emploi : des chercheurs, certes, mais dont les compétences ne se restreignent pas à un laboratoire. Leurs compétences en techniques quantitatives en font de jeunes travailleurs polyvalents, et leurs connaissances en théorie économique peuvent être valorisées dans les entreprises à bien des titres : politique tarifaire, incitations économiques, économie comportementale… La littérature économique sur ces sujets est foisonnante, mais beaucoup reste à faire et de nombreuses entreprises pourraient utiliser les conclusions de recherche fournies par des doctorants. C’est pourquoi l’ARES préconise une augmentation des doctorants en contrat de recherche CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche), c’est-à-dire des doctorants dont la thèse est cofinancée par une entreprise en échange d’un sujet de recherche offert par cette dernière.

Ces dispositifs sont utiles à tout le monde : l’entreprise gagne une littérature scientifique novatrice et exclusive, le doctorant voit sa thèse et ses recherches financées et le laboratoire voit ses doctorants valider leurs thèses et bénéficie des citations de publication. Cependant, et malgré tous ces avantages, les doctorants en contrat CIFRE ne représentent qu’environ 10% du total des doctorants chaque année. Développer les contrats CIFRE c’est rendre la recherche bénéfique à l’ensemble de la société, tout en protégeant les doctorants et en leur permettant de s’insérer professionnellement de manière très efficace (96% de taux d’emploi un an après le doctorat, 64% décrochent un emploi dans l’entreprise concernée). Le tout en rapprochant entreprises et Universités et en brisant les mythes autour du doctorat

Adapter le contenu des formations à un univers en mouvement perpétuel

Depuis des années, on entend répéter que les formations universitaires sont absconses, abstraites, trop théoriques, déconnectées du réel… Nous souhaitons prouver que ce n’est qu’un mythe, en adaptant nos formations à ce monde qui change autour de nous.

La première étape serait de rendre la présence des stages obligatoires en fin de licence dans le domaine Economie-Gestion. Bien que nous soyons pleinement conscients de la complexité matérielle d’offrir un stage à chaque étudiant, nous sommes convaincus que les étudiants en Economie-Gestion possèdent un éventail de compétences suffisamment versatiles pour pouvoir opérer dans presque n’importe quelle structure professionnelle, fusse-t-elle mercantile ou associative. Ce n’est qu’à travers la pratique du terrain et la mise en application concrète de nos enseignements que nous pourrons arriver sur le marché du travail avec suffisamment d’expérience et d’assurance pour trouver rapidement un emploi. C’est pour cela que l’ARES a créé la plateforme ARES-avenir.org, une base de données nationale regroupant des offres de stages partout en France.

Il faut également souligner le fait qu’une expérience professionnelle « de découverte » d’un ou deux mois à la fin de la licence n’est pas réellement suffisante. Pour pallier ce manque et entrer de plain-pied dans une réelle logique de compétence et d’innovation pédagogique, nous préconisons le développement des Mises en Situation Pratique comme les jeux d’entreprise, qui mettent à l’œuvre tout un panel de compétences aussi bien transversales que purement disciplinaires. Afin de pousser les étudiants à davantage d’autonomie, de leur permettre de s’émanciper au maximum et de découvrir l’engagement, ces mises en situation devraient pouvoir être remplacées par une expérience en Junior Entreprise ou par des responsabilités de gestion associative, deux cadres qui peuvent permettre de solliciter les mêmes compétences à des fins plus concrètes.

Notre monde change rapidement, et nos enseignements doivent s’y adapter. Si nous souhaitons continuer à offrir des formations de qualité, et que les étudiants puissent trouver rapidement un emploi de qualité, un certain nombre de changements sont nécessaires. Du côté du diplôme, il est grand temps de passer à une réelle logique d’approche par compétences, sanctionnée par une évaluation continue. De même, les Universités doivent se rapprocher de leur milieu socio-économique : cela pourrait passer par le renforcement des conseils de perfectionnement ou le développement des contrats CIFRE. De celui des enseignements, la généralisation des stages -via des plateformes comme ARES-Avenir- ou l’utilisation plus régulière de Mises en Situation Pratique sont également des solutions que nous favorisons. Ainsi, pour améliorer les formations d’Economie-Gestion et faire rayonner nos facultés, un seul mot d’ordre : innovons !

À propos Richard Lamoureux

Richard Lamoureux

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